Un couple de Montréal transforme son van en moteur du tourisme expérientiel à Québec

Poste de travail aménagé à l'arrière d'un van
Poste de travail aménagé à l'arrière d'un van
Crédit : CruiseAmerica / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Un van comme laboratoire du nouveau tourisme à Québec

En 2025, un couple originaire de Montréal a choisi la région de Québec comme terrain de jeu pour une idée simple, mais ambitieuse : transformer leur van aménagé en petite entreprise de tourisme expérientiel centrée sur le territoire de la capitale. À la croisée de la vanlife, du slow travel et du tourisme de proximité, leur projet s’inscrit dans une ville qui, depuis plusieurs budgets, investit lourdement pour devenir plus verte, plus mobile et plus attractive.

Installés une bonne partie de l’année entre Limoilou et Beauport, ils proposent des escapades en van qui combinent hébergement nomade, rencontres d’acteurs locaux et découverte de quartiers moins touristiques que le Vieux-Québec, comme Charlesbourg, Val-Bélair ou Lac-Saint-Charles. Leur modèle repose sur un partenariat serré avec des microbrasseries, des fermes urbaines, des parcs municipaux et des organismes communautaires, dans un contexte où la Ville de Québec mise de plus en plus sur le dynamisme économique, culturel et l’innovation pour soutenir l’essor de son territoire.

Des budgets municipaux qui servent de levier

Si l’entreprise a pu prendre son envol en 2025, c’est que le terrain était déjà largement préparé par les décisions budgétaires de la Ville. Le Programme décennal d’immobilisations 2025-2034 prévoit 9 289,8 M$ d’investissements sur 10 ans, dont plus de 5,4 G$ pour les seules infrastructures municipales. Pour la seule année 2025, ce sont 1 320,7 M$ d’investissements qui sont prévus, incluant 1 021,6 M$ pour la Ville et 299,1 M$ pour le Réseau de transport de la Capitale (RTC).

Dans le budget 2025, la priorité « dynamisme économique, culturel et innovation » se traduit notamment par des enveloppes pour les équipements récréatifs, sportifs et de plein air, les parcs et aires de jeux, ainsi que des projets de mise en valeur de milieux naturels comme le parc naturel du Mont-Bélair. Déjà en 2024, la Ville consacrait une partie de ses 8 497,7 M$ d’investissements planifiés sur dix ans à des projets de mobilité active, de sécurité routière et de transition climatique, qui rendent aujourd’hui beaucoup plus crédible une offre de tourisme responsable et quatre saisons.

Un exemple parlant : les investissements de 12,4 M$ prévus en 2025 dans les équipements récréatifs, sportifs et de plein air (surfaces multisports, terrains de tennis, aires de planches à roulettes), ainsi que les 9,4 M$ consacrés aux parcs et aires de jeux. Pour un opérateur de tourisme en van, cela signifie des arrêts mieux équipés, des activités structurées à proposer aux familles et une densité d’expériences en plein air qui dépasse le simple « stationnement avec vue ».

Mobilité et vanlife : quand la ville devient itinéraire

L’autre pilier du modèle de ce couple montréalais, c’est la mobilité. La Vision de la mobilité active et de l’intermodalité, mise en œuvre par Québec et soutenue par un budget d’investissement de 23,5 M$ en 2025 (194,5 M$ sur dix ans), transforme la façon de circuler entre quartiers et attraits. Ajoutons à cela les projets d’électrification du RTC, pour lesquels 299,1 M$ sont prévus en 2025 et 3,5 G$ sur la période 2025-2034, et l’on comprend qu’un circuit de tourisme expérientiel peut désormais s’appuyer sur un réseau de transport collectif plus robuste.

Concrètement, le couple propose des itinéraires où le van sert de base mobile, mais où les visiteurs alternent avec le Flexibus ou àVélo pour explorer des secteurs comme Sainte-Foy, Sillery ou le Vieux-Québec sans multiplier les déplacements motorisés. La stratégie de sécurité routière 2025-2029, dotée de 12 M$ en 2025 et de 120 M$ sur dix ans, ainsi que les investissements dans les corridors cyclables – dont le corridor Lorettain (4 M$ en 2025) – viennent sécuriser ces déplacements et rendre la vanlife compatible avec une mobilité active de qualité.

Pour un tourisme qui se revendique « expérientiel » et « responsable », la disponibilité d’aires de stationnement bien intégrées, de pistes multifonctionnelles et d’interconnexions RTC-vélo offre un argument de vente majeur. Le couple ne se contente pas de vendre des nuits dans un véhicule : il vend une manière de vivre la ville en mouvement, en combinant trajets en van, micro-aventures à vélo ou à pied, et rencontres dans les commerces de proximité.

Nature, climat et tourisme responsable

Le positionnement de l’entreprise s’appuie aussi sur les grandes orientations environnementales de Québec. La Ville a choisi de doter une réserve financière pour la pérennité et le développement des infrastructures et l’adaptation aux changements climatiques, en y injectant 45 M$ en 2025, soit 15 M$ de plus qu’en 2024. Parallèlement, le Plan de transition climatique 2021-2025 bénéficie de 21 M$ d’investissements en 2025 et de 57 M$ sur dix ans, pour un coût total de 100 M$.

Pour les circuits proposés en van, cette orientation se traduit par des arrêts dans des milieux naturels mieux protégés, comme les secteurs de la rivière Lorette, le lac Saint-Charles ou le parc naturel du Mont-Bélair, où des dizaines de millions sont investis pour la qualité de l’eau, la biodiversité et les infrastructures de sentiers. Des budgets prévus pour la plantation d’arbres et autres végétaux – 7,9 M$ en 2025 et 81,2 M$ sur dix ans – renforcent le verdissement des quartiers et les expériences d’immersion verte à deux pas des secteurs résidentiels.

Le couple a fait le choix d’intégrer ces enjeux dans sa narration : leurs escapades portent des noms inspirés des écoquartiers, comme « Escale Pointe-aux-Lièvres » ou « Circuit D’Estimauville », en clin d’œil aux projets de 5,9 M$ prévus pour chacun de ces écoquartiers, auxquels s’ajoutent 0,4 M$ pour l’avenue D’Estimauville en 2025. Chaque itinéraire inclut au moins une activité de sensibilisation – visite d’une ferme urbaine, atelier sur la qualité de l’eau ou randonnée commentée – pour faire de la découverte touristique un prétexte à parler de résilience climatique.

Des citoyens partagés, mais interpellés

Sur le terrain, les réactions des citoyens de Québec face à ce type d’initiative sont nuancées. Certains commerçants du Vieux-Québec voient dans le tourisme expérientiel en van un moyen de diversifier la clientèle, en attirant des visiteurs qui consomment localement et séjournent plus longtemps sur le territoire plutôt que de multiplier les escales rapides. Dans des quartiers comme Limoilou et Saint-Sauveur, des propriétaires soulignent toutefois la sensibilité déjà forte autour de l’occupation de la chaussée et du stationnement de longue durée.

Interrogé lors du dépôt du budget 2025, le maire Bruno Marchand rappelait que « ce budget promet aux citoyens de Québec une ville sécuritaire, abordable et prospère », insistant sur le fait que les investissements sont pensés pour « les citoyens d’aujourd’hui et de demain ». De son côté, le vice-président du comité exécutif, Pierre-Luc Lachance, a insisté sur la nécessité de « consolider l’équilibre entre la capacité de payer des citoyens et une offre de services collectifs de qualité », en soulignant que les investissements dans la mobilité et les loisirs servent autant les résidents que les visiteurs.

Dans les groupes de discussion citoyens, la question revient souvent : où tracer la ligne entre une ville accueillante et une ville saturée par de nouvelles formes de tourisme? Les hausses de taxes, limitées à 2,9 % en 2025 – sous l’inflation observée de 3,2 % – sont parfois mises en parallèle avec la visibilité accrue de projets comme celui du couple montréalais. Plusieurs intervenants demandent qu’une part des revenus supplémentaires, par exemple ceux liés à la nouvelle taxe de 60 $ sur l’immatriculation des véhicules de promenade (18,8 M$ prévus en 2025), soit explicitement réinvestie dans des infrastructures d’accueil pour les véhicules récréatifs et les parcours de tourisme responsable.

Un modèle économique qui s’adosse aux investissements publics

Sur le plan strictement économique, l’entreprise de vanlife expérientielle reste modeste, mais elle illustre bien comment des investissements municipaux peuvent favoriser l’émergence de nouveaux modèles d’affaires. À partir d’un véhicule aménagé et d’une expertise en conception d’expériences, le couple construit des produits qui s’inscrivent dans les priorités de la Ville : habitation à échelle humaine, mobilité active, dynamisme culturel, environnement sain et saine gestion des finances publiques.

En 2025, les ajouts de services prioritaires aux citoyens totalisent 20,8 M$ en fonctionnement, en plus des investissements, notamment en soutien aux corporations de loisirs, en amélioration d’infrastructures sportives et en bonification de toilettes publiques dans le Vieux-Québec. Pour un opérateur touristique, ces choix réduisent la nécessité de financer lui-même des équipements lourds et lui permettent de concentrer ses ressources sur la médiation, la programmation et la promotion.

La rentabilité du projet repose sur une logique de micro-saisons : circuits hivernaux centrés sur les sports de plein air et les patinoires réfrigérées (10,2 M$ d’investissements prévus en 2025), séjours estivaux axés sur les parcs, les aires de jeux et les bassins aquatiques, et escapades automnales vers les milieux naturels en mise en valeur. En toile de fond, la prétention de la Ville à maintenir une dette nette en baisse pour une dixième année consécutive – 1 523,8 M$ prévus en 2025, soit 146,7 M$ de moins qu’en 2015 – rassure les investisseurs privés qui envisagent d’autres projets de tourisme expérientiel à Québec.

Vers une ville laboratoire du tourisme expérientiel?

En misant sur une van aménagée comme outil de découverte, le couple montréalais ne fait finalement que mettre en récit les transformations déjà à l’œuvre dans la capitale. Les budgets 2024 et 2025 ont renforcé les infrastructures de mobilité, les équipements de loisirs, les milieux naturels et la capacité de la Ville à s’adapter aux changements climatiques, tout en limitant la pression fiscale sur les ménages. Dans ce contexte, la frontière entre services municipaux et expériences touristiques devient plus poreuse : un nouveau sentier de fatbike, une patinoire couverte ou une bibliothèque modernisée peuvent se retrouver au cœur d’un forfait expérientiel.

Reste à voir jusqu’où Québec souhaitera assumer ce rôle de laboratoire pour des formes de tourisme plus immersives, plus lentes et plus ancrées dans la vie quotidienne des quartiers. Plusieurs élus et experts en tourisme responsable y voient une occasion de consolider l’attractivité de la ville tout en valorisant les investissements déjà consentis, à condition de maintenir un dialogue serré avec les résidents. Le van du couple montréalais n’est peut-être qu’un prototype, mais il révèle déjà la manière dont les grandes lignes budgétaires de la Ville se traduisent, très concrètement, en nouveaux usages de l’espace urbain et en nouvelles expériences à vivre pour ceux qui découvrent Québec, clé en main… ou clé de van.

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