À Québec, les bibliothèques jouent un double rôle de plus en plus marqué : lieux de savoir et de culture, mais aussi pivots numériques et communautaires au coeur des quartiers. Selon le budget 2025, la Ville continue d’y investir pour moderniser les bâtiments, soutenir la transition numérique et renforcer l’accessibilité pour tous les citoyens.
Des investissements ciblés
Le budget d’investissement 2025 prévoit 2 M$ pour soutenir la politique culturelle et bonifier les services et les immobilisations des bibliothèques de Québec, avec un total de 20 M$ planifiés sur dix ans. À cela s’ajoute un montant distinct de 2 M$ en 2025 pour la préparation des plans et devis de la bibliothèque Étienne-Parent, appelée à être modernisée pour mieux répondre aux besoins du secteur Beauport. Ces sommes s’inscrivent dans une enveloppe culturelle plus large de 24,2 M$ en 2025, soit 234,6 M$ sur dix ans, issue d’une entente de développement culturel avec le ministère de la Culture et des Communications.
Sur le terrain, les travaux à la bibliothèque Étienne-Parent illustrent bien cette priorité. L’équipement, situé rue Clemenceau à Beauport, est fermé depuis le 11 août 2025 et le restera jusqu’en mars 2026 pour permettre un chantier évalué à 1,6 M$, principalement consacré au remplacement des unités de ventilation. Au-delà de la mise à niveau technique, l’objectif est de repenser les espaces pour mieux accueillir les usagers, tant pour la lecture que pour les activités numériques et communautaires.
Gabrielle-Roy, vitrine d’un nouveau modèle
Au centre-ville, la transformation de la bibliothèque Gabrielle-Roy, dans Saint-Roch, est devenue l’un des symboles de cette nouvelle génération d’équipements. Rouverte en 2024 après un chantier de modernisation de 43,3 M$, l’institution a été saluée à plusieurs reprises pour la qualité de son architecture et de ses espaces lumineux, ouverts et polyvalents.
Concrètement, Gabrielle-Roy fonctionne désormais comme une véritable maison de la culture du centre-ville, même si elle porte l’étiquette de bibliothèque. On y trouve des espaces de travail collaboratif, des zones de création numérique, des lieux d’animation pour les familles, des salles de rencontre pour les organismes communautaires et une programmation événementielle régulière. Cette mixité illustre la vision portée par la Ville dans son programme décennal d’immobilisations 2025-2034, où les équipements culturels sont présentés comme des leviers de dynamisme économique, culturel et d’innovation.
Des pivots numériques pour tous les quartiers
Avec la montée des services en ligne et des démarches administratives numériques, l’accès à Internet et aux outils informatiques n’est plus un luxe. Pour bien des citoyens, notamment les personnes âgées, les nouveaux arrivants ou les ménages à plus faible revenu, la bibliothèque de quartier devient souvent le principal point d’accès gratuit à des postes informatiques, au Wi-Fi et à un accompagnement de base.
La Ville rattache clairement ses bibliothèques au volet dynamisme économique, culturel et innovation de ses priorités. L’idée est de permettre aux citoyens de consulter des ressources en ligne, d’utiliser des logiciels spécialisés, de participer à des ateliers d’initiation au numérique ou de suivre des formations à distance dans un environnement encadré. Dans des quartiers comme Charlesbourg, Sainte-Foy ou Limoilou, ces services s’ajoutent aux fonctions plus classiques de prêt de livres et de médiation culturelle.
Des lieux de quartier qui rassemblent
Si le terme maison de la culture est plus associé à d’autres villes, Québec développe néanmoins un réseau de lieux qui y ressemblent dans les faits. Bibliothèques, centres communautaires et salles d’exposition soutenus par l’entente de développement culturel servent de plateformes pour des activités locales : expositions, ateliers de création, conférences, projections, clubs de lecture ou événements jeunesse. La logique est la même, offrir dans chaque quartier un lieu familier où l’on peut se rencontrer, apprendre et participer à la vie collective.
Ces équipements jouent aussi un rôle dans la stratégie de développement social de la Ville. Le budget 2025 fait une place à des plans d’action en itinérance, en accessibilité universelle et en immigration, qui reposent en partie sur des lieux d’accueil bien répartis sur le territoire. Les bibliothèques deviennent alors des portes d’entrée discrètes, mais essentielles, vers les services municipaux et communautaires.
Des citoyens attachés à leur bibliothèque
Ces investissements laissent rarement les gens indifférents. Dans plusieurs quartiers, la fermeture temporaire d’une bibliothèque pour travaux suscite son lot de réactions. On craint de perdre un lieu de rencontre, un repère dans la routine familiale ou simplement un endroit calme pour lire. À l’inverse, la réouverture d’un équipement modernisé, comme on l’a vu pour Gabrielle-Roy et comme on l’attend pour Étienne-Parent, génère un fort sentiment d’appartenance.
Lors du dépôt du budget 2025, le maire Bruno Marchand rappelait la volonté de la Ville de maintenir des investissements structurants dans les équipements culturels, malgré un contexte économique serré, afin de préserver l’équilibre entre la capacité de payer des citoyens et une offre de services collectifs de qualité.
Un défi de pérennité
Reste que cette montée en puissance des bibliothèques comme pivots numériques pose aussi des défis. Sur le plan financier, la Ville doit concilier un cadre budgétaire rigoureux avec la nécessité de continuer à investir dans ses bâtiments. Sur le plan humain, il faudra s’assurer que les équipes sur place disposent des ressources et de la formation nécessaires pour accompagner les citoyens dans leurs usages numériques.
À plus long terme, l’accessibilité restera centrale. Si Gabrielle-Roy peut jouer un rôle de phare, ce sont les bibliothèques de proximité, à Beauport, dans Les Rivières, à Charlesbourg ou à Sainte-Foy, qui feront la différence au quotidien. C’est là que se mesure vraiment leur rôle de pivots numériques et communautaires : dans la capacité de chaque citoyen de Québec à trouver, à quelques rues de chez lui, un lieu ouvert, accueillant et adapté à la vie d’aujourd’hui. Ces équipements s’inscrivent d’ailleurs dans la vague plus large d’investissements municipaux en infrastructures pour 2025.



